«Les tags, c’est de la marde! »
Bob, un voisin de la rue Clark
 
Le pire, c’est les maniaques. Ceux qui vont mettre leur crisse de tag à toute les trois pieds, toute le tour du bloc... Wô les morons! Slaquez un peu su’a canette. C’est nous autres qui est pognés pour vivre avec vos ossetis de barbots laites.
 
À part de d’ça, vous auriez-tu comme un genre de problème, peut-être? J’sais pas moi, mais il me semble qu’un gars qui passe son temps à écrire son nom partout, c’est un peu foqué, non? Entéka.
 
C’est sûr, des fois il y en a des beaux, mais ceux-là sont rares. Ils se choisissent une couple de beaux spots pis c’est toute. Jusqu’à temps qu’un épais vienne mettre son osseti de barbot juste à côté, quand c’est pas drette dessus…
 
Pis ceux qui font ça dans les vitres avec de l’acide, c’est des malades mental. Attachez-les quelqu'un! Ça presse!

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«Ce qui est désolant, c’est l’immobilisme pictural, la stagnation formelle...»

Daphné, voisine du boulevard Saint-Laurent
 
L’idée d’une forme d’expression artistique et populaire qui éclot spontanément sur les murs gris de la ville, comme autant de fleurs de résistance, est une idée qui m’émeut profondément. Jusqu’aux larmes, même.
 
Malheureusement, 30 ans après la création du mouvement graffitiste – inextricablement liée à celle du mouvement hip-hop, alors fabuleusement créatif et qui était encore en pleine émergence en son épicentre même; New York – il faut bien reconnaître que formellement, à l'exception notable de ceux qui s’en sont sortis, à l'instar de Keith Haring ou de Zïlon, la plupart des graffitistes font du sur place.
 
De toute façon, ils ont été complètement récupérés par le système, eux, leurs fringues et leur musique.
 
Tout compte fait, je préfère encore les graffitis des anarchistes, tous laids qu’ils sont avec leurs lettres bâtons. Mais au moins, on sent une urgence, une ferveur. Ces gens ont quelque chose à dire et c’est ce qui fait toute la différence.

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«C’est des vandales! Le service militaire leur ferait du bien.»

Henri, voisin de table à la taverne du quartier
 
Dans mon temps, il n’y en avait pas de graffitis. Les gens étaient bien trop élevés pour faire ça. Voyons donc si ça a du bon sens d’aller écrire sur les murs du monde qui ont travaillé fort toute leur vie pour s’acheter une maison. Voire si ça a de l’allure!
 
Quand j’étais jeune, on n’avait pas le temps de niaiser toute la journée, on avait de quoi à faire. C’était pas l’ouvrage qui manquait. C’était le temps des grosses familles. Les grosses familles, ça fait ben de l’ouvrage. Pis dans ce temps-là, on ne se débarrassait pas des vieux comme aujourd’hui. Dans ce temps-là, il n’y avait pas de tévé, ça fait qu’ils parlaient avec les vieux. Les vieux, ça a toujours quelque chose à dire. Mais maintenant qu’il y a la tévé, ils n’ont plus besoin des vieux. Envoye à l’hospice! Ils viennent de sauver au moins une heure par jour qu’ils vont pouvoir passer devant la tévé.
 
Prends mon gendre. Il ne veut pas d’enfants, pas le temps, qu'il dit. Lui et ma fille ne viennent jamais me voir, pas le temps. Même qu’il ne s’occupe pas trop de ma fille, pas le temps… Pas le temps pour rien. Pis si tu le regardes aller, il court tout le temps. Pourquoi? Pour avoir plus de temps pour sa maudite tévé. Son cinéma maison comme il dit… 
 
Quoi? Les graffitis? Ben justement, mon gendre s’en est fait faire un sur sa porte de garage. Ça va y coûter au moins 100 $ pour le faire enlever. Il dit que c’est de ma faute. Vu que je suis vieux, ma fille ne veut pas s’en aller vivre en banlieue tout de suite, elle aime mieux rester dans le quartier en attendant que je lève les pattes. Mais j’ai des petites nouvelles pour le gendre. S’il pense que ma fille va s’en aller en banlieue, elle qui est née icitte en ville, il est aussi épais qu’il en a l’air.
 
Vous n’écrirez pas ça, hein?
 
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Propos recueillis par Normand Bastien

Graffitis: Sake HYH
Photos: www.necrohiphop.com

Quelques liens
Graffiti Archaeology
Art Crimes
Subway Outlaws


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