Si l’actualité maintient le rythme, nous devrions bientôt voir se dénouer quelques-unes des intrigues qui ont pullulé au cour des dernières années. Avec les révélations encore récentes de l’ancien secrétaire américain au Trésor Paul O’Neill
(1), on peut dire que ça commence plutôt bien. Mais bon, j’avais eu la même intuition avant la sortie du troisième volet du film The Matrix, alors je peux me tromper. N’empêche qu’on a terminé l’année sur un gros coup avec la capture de Saddam Hussein. Il est vrai qu’avec 130 000 hommes sur le terrain, ça devait bien finir par arriver un jour ou l’autre.

Dieu, ou le Père Noël, qui partagent un sacré sens du timing et qui sont tous deux notoirement proaméricains, ne pouvaient trouver meilleur cadeau à offir à George W. Bush, à part peut-être une pleine cache d’armesdedestructionmassive? À peine Saddam s’est-il extirpé de son trou qu’on l’a tout bien toiletté, sans doute pour qu’il fasse plus joli sous le sapin.

De gauche à droite et de haut en bas: Saddam Hussein à sa capture, en des temps plus heureux, pendant l’examen médical, et un de ses doubles qui fait présentement un tabac à Las Vegas.


De mauvaises langues insinuent que le raïs aurait négocié sa reddition et que le tout n’était qu’une mise en scène, une opération de Dog Wagging. L’image du dictateur déchu était censée briser le moral des terroristes et autres habitants des «poches de résistance» iraquiennes. C’est vrai que les Américains sont rendus très forts à ce petit jeu. On frémit encore en pensant à l’image du président avec une dinde.

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À propos, il faudra perdre l’habitude de faire de l’humour épais sur le dos de l’ex-moron, puisque c’est maintenant la lune de miel entre lui et Paul Martin, notre nouveau premier ministre non élu (tiens, un autre point commun entre les deux hommes ainsi qu’un nouvel exemple de mauvaise foi de ma part). De toute façon, c’était écrit dans le ciel, nos deux Juniors étaient faits pour s’entendre. Et quoi de mieux qu’un accord sur le bouclier antimissile pour marquer le coup de cette amitié naissante?

Aussi, en homme d’affaires avisé, monsieur Martin n’aura pu s’empêcher de remarquer que le président américain est un véritable porte-bonheur pour ses proches, une sorte de grosse patte de lapin ou mieux encore, un fer à cheval! Qu’on y pense: W. et la plupart de ses proches collaborateurs sont issus du milieu du pétrole et quel est l’un des premiers pays à être libéré par les États-Unis? L’Irak, 2e réserve mondiale de pétrole. Quelle chance incroyable! Et ça continue, puisque la chance a aussi fait que les associés et collaborateurs du président, dont le vice-président lui-même, soient les mieux qualifiés pour entreprendre la reconstruction de l’Irak. Parlez d’un coup de bol!

Et que dire de la bonne fortune du groupe Carlyle
(2), ardant supporter et très proche du président Bush? Imaginez: vous êtes une dynamique banque d’investissement spécialisée dans l’industrie militaire et aérospatiale, pour vous aider à vendre votre salade vous employez plusieurs anciens politiciens de prestige, dont John Major et George Bush Sr., qui vous permettent d’avoir accès aux cercles du pouvoir. Voici que votre copain W. devient président des États-Unis et qu’il vous laisse entrevoir la possibilité que se réalisent vos rêves les plus fous: la relance du programme spatial, la militarisation de l’espace et pour finir, comme gros lot, la possibilité d’une guerre perpétuelle. Car la guerre au terrorisme est logiquement sans fin, l’un justifiant l’autre et vice versa…

Non, vraiment, si George W. Bush porte chance à tous ceux qui le côtoient, nous serions fous de ne pas vouloir nous en approcher.

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Il y a bien le Protocole de Kyoto qui pourrait encore jeter une ombre sur les relations canado-américaines. Il faut dire que nos positions peuvent, à première vue, sembler irréconciliables. En effet, le Canada a déjà signé l’accord tandis que les États-Unis continuent à nier l’existence même du réchauffement climatique... Pour le moment, le futur du Protocole repose entre les mains de la Russie qui, courtisée de toutes parts, voudra maintenir le suspense jusqu’à la dernière seconde. À Bruxelles, on a déjà envisagé la possibilité que l’Europe se retire de l’accord, advenant que la Russie penche du côté de ses nouveaux amis américains.

Après tout, il faut comprendre les Russes. Maintenant qu’ils ont rejoint le monde libre, il leur faut impérativement «créer de la richesse», comme le veut le credo économiste en vogue.

S’il y a un endroit où la brume est dense, c’est bien dans le dilemme qui oppose le développement économique – dont cette sacro-sainte «création de richesse» qui devrait tout expliquer, tout justifier – à la préservation de l’environnement qui devrait, normalement, sembler fondamentale. Normalement, dis-je, pour toute personne qui examinerait la situation en «bon père de famille». Cette expression des hommes de loi de jadis, où l’on peut aisément substituer le mot mère à celui de père, a ceci de particulièrement approprié en ce qu’elle sous-entend un regard empathique vers l’avenir, pour le bien-être de sa descendance, un autre mot tombé en désuétude, ce qui n’est peut-être pas étranger à l’affaire non plus. Pour un tel «parent» subjectif, c’est à dire quiconque faisant l’exercice d’anticiper le futur de façon responsable, tenant compte des torts causés à l’environnement pendant les seules dernières 50 années, l’idée de non seulement poursuivre sur cette voie, mais d’en accélérer la cadence devrait, normalement, susciter un certain lot d’appréhensions justifiées.

Les adeptes du tout à l’économie disent pourtant posséder les réponses à nos angoisses. Et le tout est d’une simplicité déconcertante. Que vous vouliez dépolluer, construire des logements sociaux, améliorer les soins de santé, développer de nouveaux médicaments ou nourrir la planète, vous aurez invariablement besoin d’argent, de beaucoup d’argent. Mais comme l’argent ne pousse pas aux arbres, il vous faudra donc inévitablement créer de la richesse avant de pouvoir la redistribuer, même équitablement, selon les souhaits des altermondialistes et autres défenseurs du bien commun.

CQFD


Pinto and Maid of Livermore, Bill Owens, 1971


Le problème, c’est que l’économie possède sa propre logique où même les tragédies peuvent être profitables. C’est ce qui explique que des rafiots pourris transportent encore du pétrole; on économise sur les coûts de la flotte et si, au pire, survient la catastrophe, ce sera quand même bénéfique à l’économie via l’industrie de la dépollution et autres intervenants. C’est ce qui explique que, dans les années soixante-dix, un vieil exemple qui me semble toujours pertinent, la compagnie Ford avait décidé de placer le réservoir d’essence de la nouvelle Pinto
(3) derrière l’essieu arrière plutôt qu’au dessus, solution plus économique, mais contraire aux recommandations des ingénieurs qui avaient estimé qu’advenant une collision arrière, le véhicule présenterait un risque d’explosion incendiaire trop élevé. Le problème fut soumis aux actuaires qui calculèrent le nombre estimé de morts et de blessés, les coûts légaux relatifs, et qui en vinrent à la conclusion qu’il était plus rentable d’épargner 11$ par véhicule, quitte à perdre les poursuites conséquentes... et quelques centaines de clients.

Si je ressasse cette vieille histoire, ce n’est qu’à titre d’illustration et non pour pointer du doigt une compagnie en particulier. Mais cette façon d’attribuer un prix à la vie ainsi qu’à toute chose, plante ou matière, de les réduire à des valeurs mathématiques, a pour conséquence de transformer le réel en abstraction, ce qui permet de s’en détacher émotivement. Dans un tel état d’esprit, le risque que des décisions allant à l’encontre du bien commun soient prises est non seulement probable, mais presque inévitable.

C’est pourtant dans un monde basé sur ces prémisses que nous convient les apôtres du libéralisme, qui est devenu «néo» dès lors que sont tombés les derniers scrupules qui les faisaient s’empêtrer d'un filet social maintenant perçu comme un frein au développement.

Freiner le développement c’est freiner le progrès, et le progrès, ça profite à tous... plus ou moins, selon le côté de la fracture économique où on se situe.

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Si personne ici ne peut nier les progrès accomplis au cours des 50 dernières années, à moins d’être un incurable sceptique, il est tout aussi difficile de nier la dégradation de l’environnement qui en est résultée, en suivant une courbe exponentielle dangereusement similaire.

Au minimum, le principe de précaution devrait prévaloir.

Le Protocole de Kyoto, un programme que plusieurs jugent tout bonnement insuffisant, n’en est pas moins crucial en ce qu’il constitue le symbole d’une certaine prise de conscience, et à tout le moins le début d’une démarche essentielle.

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Il a d’ailleurs été question de Kyoto, et de création de richesse, lors de l’annonce de la réalisation de la nouvelle centrale thermique du Suroît. Une version que l’on dit améliorée d'un projet rejeté par le BAPE et contesté même au sein du gouvernement par le ministère de l'Environnement. C’est que, pour respecter le Protocole, le Québec devra réduire ses émissions de GES de 7% alors qu’à lui seul, le projet du Suroît en ajoutera près de 3%, ce qui en fera la plus importante source de pollution de la province. Pourtant, cette décision concorde avec les intentions exprimées du gouvernement en faveur du développement de nouveaux projets de centrales thermiques, même si leur programme électoral affirmait le contraire… Quand on sait que le golfe du Saint-Laurent est censé regorger d’hydrocarbures, on peut d’ores et déjà présumer comment cet autre dossier se réglera. Et les audiences du BAPE n’y changeront rien, cela aussi est clair.

Les historiens du futur auront fort à faire pour expliquer pourquoi le Québec sera demeuré si longtemps aveugle à son potentiel éolien exceptionnel…

Voilà un sujet chaud qui ressurgit en pleine vague de froid, alors qu’à chaque matin on nous demande de limiter notre consommation d’électricité, et qu’à chaque soir on nous donne le score du jour, invariablement un nouveau record.

Bien sûr, il s’agit d’une coïncidence. Comment aurait-on pu provoquer une vague de froid?

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Parlant de vague de froid, il y en a une méchante qui s’abat présentement sur le gouvernement Charest, au plus bas dans les sondages, un record pour un si jeune gouvernement. Mais on aurait tort de se réjouir quand on constate que la plupart des électeurs mécontents se tournent vers l’ADQ.

Peut-être jugent-ils les efforts de l’actuel gouvernement trop timides?

Mais la vérité est sans doute plus simple: on trouvera Mario Dumont plus sympathique que Jean Charest ou Bernard Landry, c’est tout.

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Au moment d’écrire ces lignes, il est question de la tentative de séduction de Sheila Copps par le chef du NPD, Jack Layton. La confusion règne. Serait-ce que madame Copps est gauchiste? Serait-ce que Jack Layton veut tirer le NPD vers la droite?

Voici l’occasion parfaite d’illustrer un phénomène pour le moins consternant, celui du glissement vers la droite des partis politiques et de l’électorat.

L’hypothèse: Et si madame Copps n’avait pas bougé? Si c’était le centre qui s’était déplacé sous ses pieds? Voyons à quoi ça ressemblerait.



Si la tendance se maintient, CornedeBrume.com prédit que madame Copps finira sa carrière politique au sein du Parti marxiste-leniniste.

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Liens

(1) Bush Sought ‘Way’ To Invade Iraq?
cbcnews.com

Irak: polémiques contre l'administration Bush
LeMonde.fr

(2) Exposed: The Carlyle Group
InformationClearinghouse.info

(3) Pinto Madness
MotherJones.com

The Ford Pinto
FordPinto.com


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