

par Luc Asselin
Que penser des gens qui ne mettent pas en application ce qu’ils
professent? Mieux, doit-on respecter ceux qui enfreignent les règles
qu’ils ont eux-mêmes mises de l’avant et au sujet
desquelles ils se sont toujours montrés extrêmement intransigeants?
À mon avis, on abdique tout droit de regard dès lors
qu’on ne se conforme pas à ses propres consignes. En
fait, je n’hésite pas à affirmer qu’il faut
destituer toute organisation ou toute personne qui n’obéit
pas aux lois et règlements qu’elle a institués
et qu’elle a la charge de faire adopter. Bref, le respect passe
par la crédibilité, et ici il nous faut bien admettre
que Dieu ne fait pas le poids.
En effet, il suffit de jeter un coup d’œil
sur ses commandements, ceux-là mêmes que Moïse a
reçu de Lui, et qu’il a appliqués scrupuleusement
toute sa vie de sorte qu’il a été récompensé
en se voyant refusé l’accès à la Terre
Promise. Mais avant de débattre, il serait bon de revoir les
faits. Et tout d’abord, quels sont ces commandements? Les voici
résumés dans l’ordre.
1. Tu adoreras un seul Dieu.
2. Tu respecteras le nom de Dieu.
3. Tu garderas les dimanches.
4. Père et mère tu
honoreras.
5. Tu ne tueras pas.
6. Tu ne commettras point d’impudeur.
7. Tu ne voleras pas.
8. Tu ne feras pas de faux serments.
9. Tu ne feras œuvre de chair
que dans le mariage.
10. Tu ne désireras pas
le bien d’autrui.
Par ailleurs, il ne faut pas perdre de vue que Dieu,
s’Il est unique, compte tout de même trois personnes.
Dans les faits, cela veut dire que toute faute commise par l’une
de ces trois personnes rejaillit immanquablement sur la crédibilité
des deux autres et leur est de facto imputable.
Reprenons donc les commandements de Dieu avec cette
fois un œil critique, tel que la Bible nous autorise à
en avoir un.
1.
Tu adoreras un seul Dieu. Que l’on me corrige
si je me trompe – et ce disant, je sais qu’on ne corrigera
pas – mais j’ai beau feuilleter la Bible au complet, je
ne trouve nulle part mention que Dieu adore qui que ce soit. Certes
Jésus a beau prier, mais cela ne peut en aucun cas être
automatiquement considéré comme de l’adoration.
On me rétorquera que Dieu ne peut s’adorer Lui-même.
Je réponds «faux!». Pierre Elliott-Trudeau y arrivait
bien, lui; et il se prenait pour Dieu. Alors où est l’impossibilité?
Nulle part. Si Dieu n’adore pas de Dieu, c’est un effet
de mauvaise volonté; de refus d’autant plus évident
de la part d’un être omnipotent. Dès le départ,
péché mortel.
Ça commence bien, mais ce n’est pas fini!
2.
Tu respecteras le nom de Dieu. Ici, il y a une subtilité.
Ce que le commandement veut dire, en fait, c’est de ne pas invoquer
inutilement le nom de Dieu. Évidemment, on ne peut jamais être
sûr de ce que le premier et le troisième de la Trinité
a bien pu marmonner les mauvais jours entre le pain rassis et le beurre
trop dur. Nous n’avons pour nous renseigner que les informations,
bien parcellaires au demeurant, extraites à grands coups de
glose du Nouveau Testament. J’attire l’attention du lecteur
sur l’incident du Temple où le numéro deux a piqué
une crise à l’endroit des honnêtes marchands qui
venaient là afin de trouver une quelconque pitance afin de
nourrir leur famille et de pratiquer un art aujourd’hui en voie
de disparition – on se demande bien pourquoi! – le libre-échange
des biens et des services. Le fidèle second ne les avait-il
pas appelés «maudits de mon Père»? J’admets
que l’invocation inutile du nom de Dieu n’est pas évidente,
mais elle fait quand même dresser l’oreille. Ici, il est
peut-être exagéré de parler de carton rouge, mais
l’incident mérite amplement le jaune. Péché
véniel.
3.
Tu garderas les dimanches. Alors, là, pas
de doute possible. Évidemment, Dieu le Père a bien donné
l’exemple le septième jour de la création, mais
ce modèle n’a pas été suivi. Jugez plutôt:
Jésus a-t-il jamais respecté le dimanche? Non. Lui,
Il respectait le samedi, comme les suppôts de Satan, les magiciens
et autres habitués du sabbat infernal. Certes, j’entends
d’ici des voix apologétiques demander: «Mais comment
aurait-Il pu convertir ses contemporains autrement qu’en se
mêlant à eux?» Mais par l’exemple et le prêche,
bon sang! Est-ce qu’Il s’est mêlé à
nous dernièrement? Jamais. Il y avait belle lurette qu’Il
nous avait abandonnés entre les mains – s’il en
a – du numéro trois, que personne n’a jamais vu
ni entendu, d’ailleurs. Ses fidèles se sont inspirés
de Son exemple et L’ont imité du mieux qu’ils ont
pu. Évidemment, on a préféré taire tous
Ses manquements, comme le non-respect du dimanche. Alors là,
pas de péché véniel qui tienne; c’est péché
mortel sur toute la ligne!
4.
Père et mère tu honoreras. Nous arrivons
ici à ce qui constitue peut-être l’exemple le plus
navrant. Voyez comment ce jeune houligan a traité Son père
et Sa mère. Peut-être pas Son père biologique
– si j’ose dire – mais Son père adoptif,
et Sa pauvre mère. Honorer Son père? On ne viendra pas
me faire croire que Sa jeunesse de fugueur (on ne cessait de Le retrouver
au Temple à contredire ses aînés, justement) était
une marque de respect pour un pauvre homme, du reste vieilli avant
l’âge par les frasques de cet écervelé,
qui s’est saigné aux quatre veines afin de Le faire vivre,
qui Lui a payé tout jeune des voyages en Égypte (j’y
suis allé l’an passé, et laissez-moi vous dire
que c’est pas donné!), de Lui faire apprendre un métier
qu’Il n’a jamais voulu pratiquer, sans compter tout le
reste… Et Sa pauvre mère qui devait mettre des gants
blancs et insister avec sa patience d’ange à chaque fois
qu’elle avait besoin d’un petit service, comme par exemple
lui demander un peu de vin. Non, croyez-moi, quand je parle de respect
des parents et qu’on me ramène le nom de Jésus
de Nazareth, je réponds: «Soyons sérieux.»
Ici, c’est sans équivoque possible péché
mortel. Et même que ça me fait plaisir, parce des petits
malappris comme ceux-là ne méritent rien de mieux!
5.
Tu ne tueras pas. On passe rapidement là-dessus,
n’est-ce pas? Quelques mots suffisent: le Déluge, Sodome,
Gomorrhe, les plaies d’Égypte, la mer Rouge, alouette!...
Enfin, rien de très édifiant sur ce sombre chapitre.
On remarque même une certaine frénésie par moments
qui apparaît particulièrement malsaine. Un peu comme
si le Père en chef prenait un certain plaisir à Son
boulot, comme les tueurs en série. Délire psychotique?
Peut-être pourrait-on plaider la non-responsabilité pour
cause d’aliénation mentale, mais ça m’étonnerait.
Dans le doute, je suis obligé d’accorder un autre péché
mortel.
6.
Tu ne commettras point d’impudeur. Évidemment,
sur ce chapitre on ne peut guère jeter la pierre à l’un
ou l’autre des trois. Cependant, il faut tout de même
souligner que Dieu a créé Adam et Ève flambant
nus l’un et l’autre. On ne me fera pas croire que, étant
capable de créer l’«Univers visible et invisible»,
le Patron n’aurait pas pu leur fournir un petit bout de toge
à chacun pour qu’ils cachent l’essentiel, ou le
superflu selon le point de vue où on se place. À moins,
évidemment, qu’Il n’ait eu un petit côté
voyeur… Mais là, bien entendu, on n’en sait rien.
Comme pour le reste, on ne trouve pas d’autre occurrences de
comportements répréhensibles. D’autant moins que
le Chef et le Sous-chef ont toujours puni ceux qui en ont eus, et
que le Sous-chef adjoint reste muet, invisible, inodore et insipide
sur la question. Alors, je fais comme pour le nom de Dieu et je dis:
péché véniel.
7.
Tu ne voleras pas. Peu de gens l’on relevé,
mais que se passe-t-il lorsque Dieu «donne» la Terre Promise
aux Hébreux? Il faut qu’Il intervienne constamment afin
de chasser de leurs terres et de leurs villes les gens qui y sont
établis. Pensez seulement à Jéricho! Évidemment,
il est hors de question de contredire Dieu, et d’ailleurs qui
peut faire le poids devant Sa toute-puissance? Personne. N’empêche,
qu’Il «donne» quelque chose qu’Il a prise
à quelqu’un d’autre sans leur donner de compensation
et sans leur accord. Selon vous, ça s’appelle comment,
ça, en droit criminel? Il n’y a pas trente-six mots;
ça s’appelle du vol pur et simple. Il faut avouer qu’il
fallait un certain culot quelques années auparavant d’interdire
le vol et ensuite de la pratiquer de manière aussi flagrante.
S’il y avait un commandement contre l’arrogance, Dieu
se mériterait ici deux péchés mortels. Miséricordieux,
je ne Lui en accorde qu’un seul.
8.
Tu ne feras pas de faux serments. Ne soyez pas naïfs!
rappelez-vous d’où vient l’arc-en-ciel! C’est
Dieu qui le donne au genre humain. À Noé, plus précisément,
qui vient de descendre de l’arche, afin de signifier Sa nouvelle
alliance avec le genre humain. Avec ce signe, explique-t-Il, les hommes
sauront que jamais plus Il ne tentera quoi que ce soit contre eux.
Résultat: allez voir le commandement numéro cinq. Depuis,
on ne compte plus les hécatombes dont Dieu est la cause unique
et directe. On ne peut rêver de cas plus patent de fraude, d’abus
de confiance et de parjure. N’importe quel juge, même
le plus incompétent, comme ceux choisis pour présider
les procès de bandes de gangsters, n’aurait d’autre
choix que de condamner une infraction aussi évidente, même
s’il avait laissé ses couilles dans son autre toge. Ici
encore, pas d’erreur: péché mortel.
9.
Tu ne feras œuvre de chair que dans le mariage.
Voici qu’on retrouve le numéro trois, le Sous-chef
adjoint, qui a toujours été discret jusqu’à
maintenant. Si ça n’avait pas été de lui,
peut-être que Dieu aurait pu se retrouver blanc comme neige
au moins pour un de ses propres commandements. Mais non, grâce
au Saint-Esprit, on assiste à un score parfait. Parce que l’Esprit
Saint n’était pas marié avec la Sainte Vierge.
Et pourtant, ça a quand même donné un vigoureux
petit Jésus au bout de neuf mois. Après cela, on s’est
demandé comment il se faisait que les valeurs de la société
se sont désintégrées au point qu’il n’y
a plus que des personnes de même sexe qui ont encore la décence
de réclamer le droit au mariage avant de s’envoyer en
l’air. Heureusement qu’on peut encore compter sur elles!…
De toute façon, ça ne change rien: ici encore c’est
un péché mortel, et un gros!
10.
Tu ne désireras pas le bien d’autrui.
Alors là, c’est la meilleure! Pendant pratiquement tout
l’Évangile, le petit Jésus passe Son temps à
dire qu’Il veut notre bien! Et deux fois plutôt qu’une!
Ah non, ici, c’est sans équivoque: péché
mortel, encore et toujours.
Non, moi quand on me parle de Dieu, je rétorque
immanquablement: «Qu’Il regarde donc la poutre qu’Il
a dans Son œil au lieu de fixer la paille du voisin!» Et
toc! retour à l’expéditeur!…
Et puis c’est vrai, son fils est charpentier après
tout…