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Je feuilletais le journal, l’autre jour. En soi, c’est un exercice assez commun pour la plupart des gens; tout au moins ceux qui savent lire. D’ordinaire, je me contente de regarder les soldes d’appareils audiovisuels ainsi que les dernières «poupounes» à être catapultées sur le devant de l’actualité, et qui y font étalage de leurs talents. Mais, cette fois, mon attention a été attirée par un fait ma foi beaucoup plus captivant et qui force la réflexion. Je parcourais alors la section Économie. Ah bon, me direz-vous, mais avec les gouvernements qu’on a, qu’y a-t-il dans l’actualité qu’on ne puisse prévoir? Rien, bien entendu, mais tout de même on se tient au fait des détails à défaut d’être surpris par les grandes lignes des politiques «néolibérales» (sic) des bon gros vieux Libéraux (re-sic). Bref, je lisais que Alcan, la grande multinationale dont nous sommes tous si fiers, va construire une usine au Saguenay pour le traitement de l’aluminium – Ô surprise! (quand je vous disais qu’on les voit venir de loin…) – au coût de 150 millions $. Bon, jusque-là, il n’y a pas de quoi s’exciter. Il y a belle lurette que le terme «million» ne fait plus sursauter. N’importe quel économiste vous le dira: on n’a plus rien de nos jours pour ce montant-là. Là où j’ai sourcillé, c’est lorsque j’ai lu la suite. En effet, l’article, entre deux claquements de bretelles, signalait que cet investissement allait permettre la création de 50 emplois. Je vous arrête tout de suite. À vos calculatrices! Divisez 150 000 000 par 50. Qu’est-ce que ça donne? Inutile d’user vos batteries, pas plus que vos neurones. Ça donne exactement 3 000 000. Ça veut dire que chaque emploi créé coûtera, dans cette usine, 3 millions $! Misère! Ils veulent engager qui? Cinquante clones de Paul DesMarais?
Alcan Arvida
En gros, au Québec, on compte 7 000 000 de personnes, dont la moitié représente la population active. En d’autres termes, avec 10% de chômage, ça fait 350 000 travailleurs sans emploi. Maintenant, comme il faut – semble-t-il – 3 millions $ pour créer un poste permanent (enfin, j’espère qu’à ce prix-là, c’est un poste permanent!), il faudrait 1,05 billion $ (pas des milliards, mais bien des billions) pour assurer du travail à chaque Québécois. Toute une maudite galette! Avec un tel montant, on pourrait conquérir l’Afghanistan et l’Irak, nous aussi. Et ajouter un petit bout de Floride en prime, pour nos vieux jours. Par ailleurs, j’ai appris, dans le même cahier Économie, qu’une compagnie canadienne – Camco pour ne pas la nommer –, qui a vu ses profits diminuer de 1,2 million $ depuis un an, a mis à pied 800 travailleurs. Remarquez qu’elle a quand même fait 619 000 $ de bénéfices pendant cette période!… Trois millions $ pour créer une job; 800 chômeurs de plus aussitôt que les profits fléchissent de 1 million $… Et il y a encore des illuminés qui croient au plein emploi! La vois-tu? *** Chroniques
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