

par Luc Asselin
—Père, existe-t-il des guerres pour la liberté?
—Cela n’existe pas, mon fils bien-aimé,
car comment peut-il y avoir de liberté lorsqu’on oblige
un homme à en assassiner un autre? Comment peut-il être
question de liberté lorsque des familles entières sont
détruites? Comment peut-il y avoir de liberté lorsqu’un
envahisseur asservit tout un peuple? S’il est bien une chose
que la guerre détruit irrémédiablement pendant
et après son étalage ignoble, il s’agit bien de
la liberté.
—Père, existe-t-il des guerres
pour la démocratie?
—Cela
n’existe pas, mon fils chéri, car comment une guerre
pourrait-elle favoriser la démocratie? N’est-elle pas
décidée par un groupe restreint qui ne va jamais la
faire? N’est-elle pas faite par tous ceux qui ont souhaité
qu’elle n’arrivât jamais? Les hommes, les femmes
et les enfants ne pleurent-ils pas lorsqu’elle éclate,
et plus encore lorsqu’elle s’appesantit sur eux? S’il
est une chose que la guerre ne respecte pas, c’est bien la voix
du peuple et le peuple lui-même.
—Père, existe-t-il des guerres
faites pour secourir les pauvres gens?
—Cela
n’existe pas, mon fils adoré, car comment les destructions
aveugles pourraient-elles secourir qui que ce soit? Elles frappent
dans leur chair ceux qui subissent ses excès; elles couvent
de honte ceux qui les commettent. Si quelques-uns s’enrichissent
de ce profond malheur en s’accaparant le peu de butin rescapé
de tant de dévastations, tous les autres, vainqueurs comme
vaincus, doivent s’astreindre à en effacer les profondes
cicatrices. Cela ne fait que creuser les iniquités.
—Père, mais alors, n’y a-t-il
pas de guerres justes?
—Cela n’existe pas, mon fils vénéré,
car les seules guerres un tant soit peu justes s’appellent «révolutions».
Texte inspiré par la soirée bénéfice
au profit de l’organisme Développement et paix, 24
octobre 2003