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D’aucuns se demandent à quoi rime cette fantaisie gouvernementale voulant produire de l’électricité à partir d’énergie fossile. En effet, en dépit des critiques fielleuses et hypocrites, on enviait toujours les ressources énergétiques du Québec, parmi les plus vertes de la planète. Alors d’où peut bien ressurgir cette lubie qui avait même été abandonnée par le gouvernement précédent? Qu’est-ce qui a bien pu se produire dans la tête de Jean (né John) Charest pour ramener sur la table un projet qu’il savait être impopulaire, inutile et franchement inopportun? Le mystère resterait entier si ce n’était de ce bon vieux Sigmund Freud et de sa psychanalyse, en particulier les trois composantes de la personnalité: le Ça, le Moi et le Surmoi. Résumons-les pour commencer. Le Ça est le principe du plaisir; il cherche à satisfaire les pulsions de l’individu sans égard aux restrictions morales ou aux règles sociales. Cette poursuite crée des conflits avec l’entourage et de ces conflits naît le développement du Moi. Le Moi, pour sa part, constitue le principe de réalité qui ne satisfait un souhait que s’il est socialement acceptable; il est la voie médiane entre le Ça et le Surmoi. Enfin, le Surmoi peut être appelé le principe du respect, car il cherche à suivre les valeurs et les règles sociales, même dans la poursuite des désirs. On sait à quel point le gouvernement libéral – néo-libéral de surcroît – aime satisfaire ses rêves de fric aux dépens des moins bien nantis. D’ailleurs, comme ce sont les nantis qui le nantissent, on ne mord pas la main qui nous graisse la patte. On la lèche… entre autres parties de l’anatomie. Bref, le Ça de Jean le pousse à aller chercher le fric dans la poche de ceux qui ne peuvent se défendre. Son Moi s’exprime sous forme de restrictions. Tout l’argent ne peut pas aller aux mêmes; il faut bien en laisser pour les autres. Or, dans le cas de l’exportation d’énergie québécoise, qui était le grand perdant jusqu’à maintenant? Mais le secteur du gaz, bien sûr! Imaginez: tant de potentiel et pas moyen de l’utiliser pour aller chercher les billets verts du voisin yankee. Depuis combien de temps les dirigeants de Gaz Métropolitain font-ils du lobbying pour avoir leur part de ce (très) lucratif gâteau? On ne le saura probablement pas avant que la centrale du Suroît soit construite. Les pressions n’ont pas marché avec Bernard – Dieu seul sait pourquoi –, mais elles fonctionnent très bien avec Jean. Après tout, ce Jean, c’est un vrai chef; un grand leader qui fait exactement ce qu’on lui dit. Par ailleurs, son Surmoi veille. Afin de suivre les règles sociales, il trouve toutes sortes de compromis et d’excuses: assurer l’avenir énergétique du Québec; suivre l’esprit du Protocole de Kyoto en rendant plus performante la production d’énergie à partir de combustibles fossiles; respecter les engagements du Québec envers son voisin du sud. Afin de désamorcer le conflit, Jean a même recours aux bonnes vieilles tactiques bourassiennes (néologisme tiré du nom de Robert Bourassa, héros méconnu du fédéralisme canadien) visant à noyer le poisson en gagnant du temps. On se demandait toujours à quoi servait une Régie de l’énergie; on le sait maintenant. Elle sert à endormir la colère du peuple tandis que, pendant quelques mois, on y laisse reposer des projets qu’on réalisera contre tout bon sens. Parce que, quand on y songe objectivement, construire une centrale thermique pour vendre de l’électricité aux États-Unis, ça revient à importer la pollution yankee. Qui dit que l’argent n’a pas d’odeur? La vois-tu?
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