|
Le psychologue Oliver James analyse le comportement du président américain Texte paru dans
«The Guardian», le 2 septembre 2003.
Peu de temps après, voyant son visage souillé de vomissures dans le miroir, cet homme dangereusement autodestructeur tomba à genoux et implora Dieu de l’aider: il devint un abstinent et un fondamentaliste chrétien. L’auteur de ses discours, David Frum, a expliqué en ces mots la métamorphose: «Sigmund Freud utilise le terme latin id pour décrire les aspects impulsifs et sauvages de la personnalité humaine. [Dans sa jeunesse] l’id de Bush semble avoir été tout aussi puissant et destructif que l’id de Clinton. Mais à un certain moment au cours de sa quarantaine, cet id fut capturé, enchaîné et enfermé. Le grand-père de George W., Prescott Bush L’un des geôliers fut son père. Le grand-père de George W. ainsi que ses oncles et plusieurs cousins avaient fréquenté la même école secondaire, Andover, et la même université, Yale. Mais, entre tous, c’était la carrière exceptionnelle de son père qui plaçait la barre le plus haut. Il y avait, sur les murs de Andover, une grande photo de son père en costume de parfait athlète. Il avait été l’un des plus talentueux athlètes étudiants des cent dernières années. Même chose à Yale où, par surcroît, son grand-père était membre du Conseil. Son jeune frère Jeb résuma la situation lorsqu’il dit: «La plupart des personnes qui ont un père comme le nôtre se perçoivent comme des échecs». Une telle stature entraîne des sentiments contradictoires. D’une part, selon Peter Neumann, un copensionnaire à Andover, Bush idolâtrait son père et désirait l’imiter. Un collègue de Yale se souvient du «profond respect» qu’il avait pour son père. Un autre ami a affirmé que, lorsqu’il se lança dans l’industrie pétrolière, «il était concentré sur le désir de faire ses preuves face à son père».
Il était agressivement anti-intellectuel et hostile, parfois cruellement, envers les jeunes BCBG de la Côte est. Lors d’un cocktail de haut niveau, il accosta une femme influente et lui demanda: «Alors, c’est comment le sexe dans la cinquantaine?» George senior et Barbara Bush À 25 ans, après avoir détruit une voiture alors qu’il était saoul, il confronta effrontément son père: «Paraît que tu me cherches. Veux-tu qu’on règle ça, ici, d’homme à homme?» En vieillissant, la colère qu’il nourrissait envers son père se retournait de plus en plus contre lui, le transformant en buveur dépressif. Mais tout n’était pas relié à son père. Il y avait aussi la pression d’une mère insensible et dominatrice. Barbara Bush est décrite par ses intimes comme étant sujette à des «regards méprisants» et des répliques «tranchantes et glaciales». Elle serait aussi extrêmement dure. Alors que Bush avait sept ans, sa jeune sœur Robin mourut de la leucémie ce qui, selon plusieurs témoins indépendants, l’affecta grandement. Barbara trouva sa réaction exagérée. Personne ne l’accusera, elle, d’avoir surréagi: le lendemain des funérailles, elle jouait une partie de golf avec son mari. C’était elle la patronne à la maison. Jeb décrit ainsi la situation: «Une sorte de matriarcat... pendant notre enfance papa était absent de la maison. C’était maman qui distribuait les récompenses et les punitions». Un ami d’enfance se souvient: «C’était elle qui nous imposait le respect». Dans les mots de Bush: «Chaque mère a son style. La mienne était un peu comme un sergent de l’armée... ma mère ne refoule rien et a toujours eu son franc parler. Si elle a quelque chose à sortir, elle le sort». Ce qui, selon son oncle, pouvait se résumer à des coups et des taloches. Un nombre incalculable d’études montrent que des garçons qui ont de telles mères courent un bien plus grand risque de devenir violents, alcooliques et asociaux. Jeb Bush (à droite) Par-dessus le marché, Barbara créait une culture familiale hautement compétitive qui s’ajoutait à la pression venue de son père pour devenir quelqu’un qui dépasse toutes les attentes. Tous les jeux des enfants, qu’il s’agisse de baseball ou simplement de concours de pichenettes, étaient rendus extrêmement compétitifs par l’utilisation de feuilles de pointage pour les membres de «la ligue familiale». Au moins cela l’aura préparé à ce qui l’attendait à Andover où la maturité émotionnelle n’était décidément pas prisée. Peu de temps après son arrivée il eût à écrire un témoignage sur un moment déchirant qu’il avait vécu. Il choisit le décès de sa sœur. Sa mère lui avait inculqué qu’il fallait éviter, en écrivant, de répéter des mots déjà employés. Ainsi, ayant déjà employé le mot «larmes» il chercha un synonyme et écrit «des lacérations coulèrent sur mes joues» (en anglais, le mot tears signifie larmes mais aussi déchirures, lacérations). Son texte obtint une note d’échec ainsi que des mentions méprisantes comme «déshonorant». Cette anecdote éclaire peut-être l’étrange tendance de Bush à mal choisir ses mots lors de ses déclarations. Tel le fameux: «Nos enfants apprend-t-il?» (Is our children learning?). À certaines personnes qui doutaient de ses capacités intellectuelles il répliqua qu’ils l’avaient «mésousestimé» (misunderestimated). Peut-être que ces lapsus ne sont que des façons à peine inconscientes de se venger de sa mère brutale et de faire un bras d’honneur à la sensibilité bien élevée de son père. La conséquence d’une telle enfance fut ce que les psychologues nomment une personnalité autoritaire. L’autoritarisme fut identifié, peu après la seconde guerre mondiale, comme une piste dans la recherche des causes du fascisme. Les autoritaires imposent la discipline la plus stricte à eux-mêmes ainsi qu’à ceux qui les entourent. C’est le régime quotidien de la Maison Blanche de Bush où l’on récite la prière avant de passer aux affaires courantes, où les rendez-vous se succèdent à des intervalles de cinq minutes, où les jupes doivent arriver sous le genou et où Bush se lève à 5h45 et trouve le temps de faire 3 milles de jogging avant de manger. Les personnalités autoritaires sont structurées par une hostilité enragée envers des cibles «légitimes» souvent inspirées par les préjugés de leurs parents. Très moralisateurs, ils retournent cette hostilité vers des groupes sociaux méprisés. Ils préfèrent éviter toute forme d’introspection, toute démonstration d’amour et favorisent plutôt le cynisme et la fermeté. Ils sont suspicieux envers autrui et leur prêtent des intentions à partir de comportements anodins. Ils sont sujets à la superstition. Des amis et collègues de Bush lui ont reconnu, à plusieurs reprises, ces traits de caractère. Son côté moralisateur ne peut être plus passionné et universel. Il veut vraiment remplacer le filet de sécurité sociale par des organisations charitables religieuses plus à même d’imposer, en retour de leur aide, les valeurs familiales chrétiennes. Les cibles principales des autoritaires ont toujours été les Juifs, les Noirs et les homosexuels. Bush est contre l’avortement et son interprétation fondamentaliste de la Bible signifie qu’il considère les mœurs des gays comme étant mauvaises. Mais le groupe qu’il méprise le plus sont ceux qui ont adopté les valeurs des contestataires des années ’60. Il n’a que dédain pour «ceux qui se sentaient coupables de leur affluence parce que d’autres souffraient». Il a toujours rejeté toute forme d’introspection. Quiconque le connaît bien vous dira combien il est difficile de le connaître et qu’il se cache, aux dires d’un de ses amis, derrière un masque «avenant et facile d’accès». David Frum ajoute: «Il est obstinément discipliné et n’accorde sa confiance que très lentement. Même quand ses lèvres semblent vous adresser un sourire, vous sentez que son regard vous surveille». Ses convictions profondes tiennent de la superstition. «La vie», selon lui, «suit son propre cours, écrit son propre scénario et, en cours de route, on commence à se rendre compte que nous n’en sommes pas les auteurs». La Volonté de Dieu, pas la sienne, explique sa vie. La plupart des fondamentalistes chrétiens ont des personnalités autoritaires. Deux croyances essentielles distinguent les fondamentalistes des simples évangélistes (des chrétiens «jovialistes») ou les presbytériens courants parmi lesquels Bush fit son apprentissage religieux dominical avec ses parents: les fondamentalistes considèrent la Bible comme une expression tout à fait littérale de la volonté divine. Ils sont convaincus que l’histoire humaine s’approche de son terme qui sera précédé d’un terrible combat apocalyptique, sur cette Terre, entre les Forces du Bien et du Mal dont sortiront vainqueurs les personnes vertueuses. Selon Frum, quand Bush parle de «l’axe du Mal» il voit vraiment, littéralement, ses ennemis comme des suppôts de Satan. On ne sait s’il voit réellement la bataille contre l’Irak ou les autres pays de l’axe du Mal comme un prélude à la fin des temps, l’Apocalypse qui précède le Jugement Dernier. Non plus qu’on ne sait si Tony Blair partage ces idées religieuses. Cependant, il est certain que Bush, malgré ses allures de moron, est également poussé par une puissante colère refoulée envers quiconque ose mettre en doute les croyances extrêmes et fanatiques qu’il partage avec bon nombre de ses concitoyens. Selon les sondages, la moitié des Américains est d’accord avec l’affirmation: «La Bible est l’authentique parole de Dieu et doit être prise au pied de la lettre, mot à mot».
Selon David Frum, «le contrôle de son id est la base de l’accession de Bush à la présidence mais Bush est quelqu’un d’habité par une virulente colère». Cette colère domine maintenant le monde. * Oliver James est psychologue et auteur. Version originale:
|
CornedeBrume.com est hébergé par VirusDesign.com, le projet de réseau