

par Michel Durand
Ces derniers mois me sont souvent revenues à l’esprit
les paroles d’une chanson anglaise dont voici une traduction
sommaire:
John Pebble des Entreprises Styx:
«Mettez-les dehors d’ici vendredi!
Vous ne serez payé que lorsque le dernier sera parti.
C’est important de respecter l’échéancier,
il ne doit pas y avoir de retard.»
Mark Hall
des Entreprises Styx (surnommé «Le Batteur» —
la meilleure traduction que j’ai trouvée de «The
Winkler»):
«Je représente une compagnie réputée qui
a récemment acheté votre maison de même que toutes
les autres sur cette rue. Pour le bien de l’humanité
nous vous avons trouvé un meilleur endroit où aller
habiter.»
Madame
Barrow, une locataire:
«Oh non, Marie, je ne peux pas le croire! Ils nous demandent
de partir.»
M. Pebble:
«Mettez-les dehors d’ici vendredi!
Je vous ai déjà dit ce qu’on perd si on les laisse
là.
Et si c’est difficile vous pouvez leur graisser un peu la patte
pour régler le problème.»
Madame
Barrow:
«Après toutes ces années ici ils nous demandent
de partir. Je leur ai dit que j’étais prête à
payer le double en loyer. Ils ont eu l’air de trouver ça
drôle. Ils ne veulent pas d’argent. Le Batteur est revenu
ce matin avec huit cents dollars et une photo de l’endroit qu’il
nous a trouvé: un gros bloc avec chauffage central. Je pense
que ça va être dur.»
M. Pebble:
«Enfin, on les a eus! J’ai toujours dit qu’avec
de l’argent on obtient ce qu’on veut. Le travail peut
rapporter gros quand une brillante intuition vous aide à exceller.»
M. Hall
(Le Batteur):
«Nous voici dans la ville nouvelle de Harlow. Reconnaissez-vous
votre bloc, là-bas, de l’autre côté du parc?
Euh... malheureusement, depuis notre dernière conversation
nous avons dû augmenter le loyer, un peu.»
Madame
Barrow:
«Oh non, Marie, je ne peux pas le croire! Et on a accepté
de partir.»

Supper's Ready, par The
Musical Box
Photo: André Bazinet
Plus tard, le 18 septembre 2012, un avis du Département de
Contrôle génétique sur toutes les chaînes
d’information continue:
«J’ai la triste obligation d’annoncer que la taille
des humains sera dorénavant limitée à quatre
pieds.»
Extrait
d’une conversation de Joe Ordinaire au Puborama local:
«J’ai entendu dire que les dirigeants du Contrôle
génétique ont acheté toutes les demeures récemment
mises en vente. Quel risque audacieux! On dit que désormais
les gens vont être plus petits, qu’ils vont pouvoir en
mettre deux fois plus dans le même bâtiment (ils disent
que c’est correct). Ils ont commencé avec les locataires
de la ville de Harlow. Ils leur ont dit qu’ils devaient partir
dans l’intérêt de l’humanité.»
Sir John
De Pebble de United Blacksprings International:
«Je viens d’imaginer une nouvelle transaction. Une douzaine
de propriétés que nous achèterons à cinq
et vendrons à trente-quatre. Certaines sont encore habitées.
Nous enverrons Le Batteur voir ces gens-là. Il devra encore
travailler fort.»
Une note
de service de Satin Peter de Rock Development ltd:
«Avec des propriétés, vous serez heureux sur Terre,
puis vous investirez dans l’Église pour votre Ciel.»
*
Vous
aurez reconnu cette pièce si vous avez écouté
un tant soit peu le disque Fox Trot du groupe britannique
Genesis. Cette pièce, Get ‘Em Out By Friday,
date de 1972.
J’ai beaucoup écouté les premiers
disques de Genesis dans les années ’70. J’avais
16-17 ans à l’époque. C’était un
de mes groupes préférés. C’était
les débuts de l’opéra rock. Et je me suis trouvé
à beaucoup réentendre et réécouter ces
mêmes disques de Genesis ces dernières années
parce qu’un de mes fils les a (re)découverts alors qu’il
avait 14-15 ans. Il a maintenant 17 ans et est encore plus entiché
du groupe que je ne l’ai jamais été. Je suis allé
plusieurs fois voir avec lui Musical Box le groupe montréalais
qui recrée sur scène — avec un soin maniaque —les
spectacles Fox Trot, Nursery Crime et Selling England by the Pound.
Où je m’en vais avec mes stores verticaux
et qu’est-ce que tout ça a à voir avec ce site?
Les paroles de Get ‘Em Out... me reviennent immanquablement
quand j’entends le mot réingénierie sortir de
la bouche de Jean Charest ou de celle d’un de ses ministres.
J’en parle avec mes enfants et ils sont d’accord avec
moi que cette chanson illustre bien la situation. Ils se rendent compte
que si nous ne faisons rien ils pourraient se retrouver parmi les
victimes de cet économisme sans cœur ni âme qui
tente de s’imposer partout.
Ils apprécient que CornedeBrume.com existe et
qu’un «vieux» comme moi tente, à sa façon,
de résister. Ça leur donne de l’espoir. Ils propagent
les virus autour d’eux. Ça me donne de l’espoir
de les voir faire. Ça me donne de l’espoir que ça
leur donne de l’espoir.