Le Premier ministre conservateur du Québec ravage présentement les institutions gouvernementales et les acquis sociaux d’une façon qui peut sembler absurde et aléatoire. Mais en juxtaposant les gestes posés et les clientèles qui en écopent, une carte se dessine. Le milieu culturel, les syndicats, les groupes sociaux, les médias et les autres avaient empêché son élection en 1998 ou s’étaient moqués de lui. Cet homme assouvit son désir de vengeance. Après avoir été une vedette de la vie politique à Ottawa, député, ministre, vice-premier ministre et chef du Parti conservateur du Canada il est arrivé en sauveur du pays à la tête du Parti libéral du Québec en 1998. N’est-il pas compréhensible que l’homme soit aigri d’avoir été cantonné au rôle ingrat de chef de l’Opposition pendant cinq longues années? Vous n’avez jamais voté pour Jean Charest? Vous vous êtes moqué de lui? Vous avez ri à des blagues à son sujet? Vous lisez ceci? Eh bien, tremblez maintenant!

Que la population du Québec veuille le mettre dehors neuf mois après l’avoir porté au pouvoir (69% des gens interrogés par SOM sont peu ou pas satisfaits de son gouvernement, résultats publiés le 15 janvier 2004), que ses propres députés soient embarrassés, peu lui chaut. C’est la loi du talion: «Vie pour vie, œil pour œil, dent pour dent, main pour main, pied pour pied, brûlure pour brûlure, meurtrissure pour meurtrissure, plaie pour plaie» Exode 21, 23-25.

Je me permets, sans illusion, de lui citer sur le sujet ces passages du livre satirique de Dominique Noguez, Comment rater complètement sa vie en onze leçons:

«Ce qu’il y a d’épatant avec la loi du talion, c’est que, depuis plus de trois mille ans qu’elle a été inventée, elle a toujours superbement échoué. Partant, au début, d’une bonne intention — mettre de la raison dans l’agressivité humaine en instituant une stricte égalité entre le châtiment et l’offense —, elle n’a réussi qu’à remplacer la vengeance aveugle par une vengeance regardante et calculatrice, ce qui est, au fond, encore pire. Loin de dompter la violence, la raison se met à son service.

«C’est un peu comme le capitalisme raconté aux enfants: sous le nom avenant de «libéralisme», c’est la plus belle chose sur la Terre. Sauf que ça ne marche jamais comme on nous le raconte, que la libre concurrence ne donne jamais le triomphe du meilleur, mais la ruse, l’entente illicite et bientôt le monopole. De même, la loi du talion, qui se voudrait la loi la plus arithmétique du monde, est la plus dialectique: elle prétend arrêter le conflit à une stricte égalité, mais il n’y a jamais de stricte égalité: la deuxième dent est plus grosse que la première, la plaie faite saigne plus que la plaie reçue; il faut donc rééquilibrer et c’est reparti dialectiquement pour un tour.

«En outre, la loi du talion, comme la peine de mort, est une monstruosité logique: on s’autorise à faire ce qu’on prétend réprouver. C’est se cracher soi-même à la figure. Voilà trois mille ans qu’elle rate et trois mille ans qu’on l’applique avec entrain. Pour les individus comme pour les clans et les nations, elle est le moyen le plus sûr d’arriver à de grandes catastrophes par les plus interminables détours. Cela ne se refuse pas.»

Je suis maintenant terrifié et m’excuse à l’avance auprès de tous ceux et celles qui, par association, auront à souffrir de la témérité dont j’ai fait preuve ici.


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