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Légendes modernes


Robin des Bas (de laine)
par Luc Asselin

Comme les gens le savent, les mythes ont la vie dure. Une fois qu’une notion est ancrée dans l’inconscient populaire, il est pratiquement impossible de la déraciner. Il est également tout aussi impossible d’empêcher qui que ce soit de s’en servir. J’en veux pour preuve la légende de Robin des Bois.

Qu’il soit campé par Errol Flynn, Richard Greene, Sean Connery – trois de mes contemporains – ou Kevin Costner – un de vos contemporains –, la légende de Robin des Bois est intemporelle. Il s’agit de l’archétype (devrait-on dire «l’archer type»?) du héros qui se porte avec abnégation à la défense des démunis et qui n’hésite pas à combattre les privilégiés. Comment ne pas le porter dans notre cœur collectif et lui vouer un culte?

Or, on le sait, les figures charismatiques ont toujours leur place en politique. Surtout lorsqu’elles ne sont pas là pour se défendre. Il en va ainsi de Robin des Bois auquel on a volé le nom pour en adouber notre incontournable ministre des Finances Yves Séguin. Incontournable, d’une part, parce qu’il bouffe à tous les râteliers; de l’autre, parce qu’on ne parlerait que de lui en ce moment, si ce n’était de l’incurie administrative d’un autre ministre des Finances, devenu depuis peu premier ministre du Canada; enfin parce qu’il fait présentement la tournée du Québec pour se faire voir, en attendant que ce soit notre tour...

Ainsi, notre indicible Yves Séguin s’est vu affublé du surnom de «Robin des Bois des Finances» (sic) comme l’épouvantail de son galure. Et pourquoi, grands dieux? Parce que, affirme-t-il (c’est lui qui le dit), il veut réduire le fardeau fiscal de la classe moyenne (et non pas venir en aide aux démunis), tandis qu’il désire taxer davantage ses semblables, les privilégiés.

Mis à part le fait que les ministres des Finances ont toujours la langue bien pendue lorsque vient le temps a priori de fourbir leur image ou de trouver, a posteriori, des excuses à leur incompétence, on ne peut pas dire que leurs actions ont dans les faits contribué, historiquement, à mousser leur crédibilité. Par ailleurs, je trouve assez discutable qu’on donne le rôle de Robin des Bois à celui qui, collecteur d’impôts, exécuteur des basses œuvres, et transfuge de service de surcroît, ressemble trait pour trait au shérif de Nottingham.

Mais admettons qu’Yves Séguin soit bel et bien une version moderne du héros de mon enfance. Il faudrait alors lui trouver un petit Jean blond et frisé pour lui faire de l’ombre avec son ample silhouette. Un gros Tuck (prononcer «toc») insatiable afin de mettre en lumière la trompeuse frugalité du personnage. Et pourquoi pas un Alan Adale afin d’endormir tout le monde avec ses ballades sirupeuses?

À ce compte-là, je crois que je vais voter pour Jean Sans Terre…

 

22 février 2004 • Page 2/6